Palimpsestes brings together five works by Robert Normandeau composed between 2005 and 2011, most of them for multichannel diffusion, from 16 to 38 channels, here in stereo. Several revisit earlier material, as the title suggests: a palimpsest is a parchment scraped clean and written over. The album won the Prix Opus for album of the year in 2011-12.
Palimpseste, commissioned by the ZKM in Karlsruhe, closes the Onomatopoeias cycle begun in 1991 with a homage to old age, its five sections laid over the time structure of the earlier pieces. It uses only voices, recorded in Germany and Québec, including Andrée Lachapelle and Christiane Pasquier. Murmures returns twenty years later to the Place de Ransbeck in Ohain, where Normandeau composed Rumeurs in 1987 at the invitation of Annette Vande Gorne, now with sounds played by Foley artist Marie-Jeanne Wyckmans. Jeu de langues, commissioned by Miso Music Portugal, strips recordings of flutes, baritone saxophone and recorders of pitch, keeping only breath and key noise; it is the composer’s contribution to erotic music and won the Production Prize at the Giga-Hertz-Preis 2010.
Anadliad, Welsh for breath, was written in Bangor for 38 channels with a Scottish bagpipe and the Welsh pibgorn, in memory of Ann Lloyd-Jones. Palindrome, commissioned by the IMEB in Bourges, sounds the same in both directions, from the sounds themselves to the spatialization of its 24 tracks, using accordion, voices and the organ and bells of Bourges cathedral.
Born in Quebec City in 1955, Normandeau completed the first DMus in electroacoustic composition at the Université de Montréal in 1992 and has taught there since 1999. He leads the GRIS research group on spatialization and won the Golden Nica at Ars Electronica in 1996.
CD in OGpak, empreintes DIGITALes IMED 12116, 2012.
Dans son attendu sixième disque sur l’étiquette empreintes DIGITALes, Robert Normandeau présente cinq œuvres composées entre 2005 et 2010. La pièce éponyme Palimpsestes (2005, 11) ouvre le bal. Il s’agit de la quatrième et dernière œuvre du cycle Onomatopées de Normandeau, débuté avec Le renard et la rose en 1995. La forme de Palimpsestes respecte la structure temporelle des autres œuvres du cycle, toujours présente en arrière-plan, d’où le choix du titre. Encore une fois, le compositeur traite avec brio une panoplie de sons vocaux originaux qui deviennent autant de sonorités chatoyantes et colorées, captivant notre attention, en passant par des mouvements de «Furie et rythme», «Amertume et timbre», «Colère et dynamique», «Fatigue et espace» et «Sagesse et texture».
Dans Murmures (2007, 11), le cinéma pour l’oreille de Normandeau se transporte sur la Place de Ransbeck en Belgique où est situé le studio Métamorphoses d’Orphée, lieu de création de l’œuvre Rumeurs (Place de Ransbeck), entièrement réalisée avec des moyens analogiques en 1987. Cette nouvelle visite sur la Place de Ransbeck se passe en numérique et révèle avec raffinement les moindres murmures captés par microphone.
Jeux de langues (2009) met en valeur des sons de respirations, de souffles et de bruits mécaniques d’instruments à vent (flûtes à bec, flûtes traversières et saxophone baryton) joués par des instrumentistes multilingues. Des sons de verre sont jumelés à ces souffles et créent une atmosphère éthérée et lumineuse. On demeure cependant toujours dans un état d’extrême intimité, comme si l’on se retrouvait à l’intérieur de ces instruments. Cette œuvre coupe littéralement le souffle à chaque écoute, par sa force d’évocation et l’impression d’emprisonnement voluptueux qu’elle procure. Dans le livret du disque, le compositeur dévoile avoir composé cette pièce avec l’idée de contribuer au genre de l’érotisme, genre rarement abordé en musique, contrairement aux autres arts contemporains comme la littérature, la peinture et le cinéma.
La musique se poursuit dans la thématique du souffle avec le titre Anadliad en gaélique, qui signifie souffle ou inspiration en gallois. Le décor est cependant tout autre avec cette cornemuse en ouverture, le pibgorn, un instrument à vent gaélique à vent, et le souffle des Dieux évoqué par les vents et orages de la côte galloise. Cette pièce, d’ailleurs la plus récente du disque (2010), nous transporte dans de grands espaces ouverts dans lesquels l’on aimerait se perdre indéfiniment, sous la pluie et l’orage qui gronde au chant des cornemuses.
La pièce de clôture démontre la fascinante maîtrise de la forme chez Normandeau, qui nous offre une pièce en Palindrome (2005-06, 07). On pourrait réellement écouter cette œuvre «à l’envers» et entendre exactement la même musique. Celle-ci s’inscrit dans un cycle de pièces vouées à un rituel d’écoute attentive, idéalement en situation de concert, mais tout autant fascinante au casque ou sur de bons hautparleurs. La musique comprend peu d’événements dont l’évolution lente ne cause aucun changement brusque et propose ainsi une écoute «de l’intérieur du matériau sonore»… En un mot: hypnotisant.
Avec ce disque, Robert Normandeau prouve une fois de plus son statut de maître incontesté de la musique électroacoustique. Malgré qu’elles soient conçues pour diffusion sur acousmonium, la réduction en stéréo des compositions est réalisée avec le plus grand soin et conserve parfaitement les sensations d’espace présentes dans chacune des œuvres. Normandeau revisite ses thèmes chers et les renouvelle, tout en nous amenant sur de nouvelles pistes et en prenant des risques. Un disque riche et authentique qu’on ne se lassera pas de réécouter et qui mérite sans aucun doute le prix Opus du Disque de l’année que l’on vient de lui attribuer.
This CD culls works realized between 2005 and 2011, a very fine harvest. I am particularly fond of Jeu de langues made mostly out of inspirations edited from recordings of wind instrument players (the piece is sensual in a troubling way) and Anadliad, consisting of bagpipes, pibgorn, and the winds of Wales. And let’s not forget Palimpseste, the last (finally!) installment in the Onomatopées cycle started in (gasp!) 1991. Some very good electroacoustic music, thoughtful, masterful, and moving (which is not always the case in Normandeau’s œuvre).
Translated from French.
Presentamos el sexto álbum que Robert Normandeau publica en el sello quebequés Empreintes Digitales en uno de los mejores trabajos de electroacústica de lo que llevamos de 2012. Contra la crisis y la tristeza el talento artístico siempre funciona como bálsamo. Trabajando con conceptos más o menos abstractos, el trabajo resulta como siempre minucioso en la composición y estructura de las 5 piezas que forman Palimpsestes que llegan a su forma definitiva después de siete años de trabajo. Por eso seleccionamos para este programa dos piezas de larga duración (Murmures y Palimseste) que bien merecen la escucha completa. […]
Si je te colle un petit wikipedia, on obtient çà: Empreintes DIGITALes est une maison de disques fondée en 1990 à Montréal, spécialisée en musique électroacoustique, acousmatique et musique concrète. En 2005 empreintes DIGITALes fait le grand saut du CD au DVD-Audio. Le DVD-Audio offre une plus grande fidélité sonore grâce à l’encodage à 24 bits et une mise en espace sonore immersive grâce au Surround 5.1 du cinéma maison. Soit! mais j’ai un CD…
Robert Normandeau est lui un des grands maîtres contemporains des musiques électroacoustiques, terme super poussif pour désigner un mix entre la création de paysages sonores, la musique concrête (le bruit d’une porte) et le traitement électronique du son (le bruit de cette même porte transformé en disto via un système électronique). Ca se la pète mais je m’y sens bien… Reconnu par toute la musique électronique avec son Sonars de 2001 sorti sur Rephlex, le label d’Aphex Twin, Normandeau a ouvert une énorme brêche dans l’espace électronique dédié à l’expérimental pour toute une génération. Et ceci en plein succès d’Aphex Twin début 2000. Un véritable tapis rouge dans ce micro milieu…
Sur ce disque, les 5 «pièces» sont des créations réalisées entre 2005 et 2011. Le mélange des genres et l’agglomération de tous ces cliquetis, souffles inspirations, expirations, chants d’oiseaux, pots d’échappement de voitures, vent violent, pluie, avions, cloches, etc (Jeu de langues), sont associés à des traitements électroniques généralement à l’esprit inquiet. Un truc se passe dans la précision de l’enregistrement et du traitement sonore. C’est une musique de maniaque et même si la génèse du premier morceau Palimpseste a 7 ans (un petit pas pour la musique mais un pas de géant pour le milieu électronique), il n’empêche que ça crie toujours comme ça respire en pleine nature et au grand air sans avoir pris une ride. Les sons de la vie réelle ne vieilliront jamais et les nappes angoissantes créées s’avèrent de prime jeunesse aujourd’hui. L’excellent Anadliad et ce jeu autour du bourdon de la cornemuse et de sonorités de tonnerre créé un paysage étonnant. Sur Palindrome, on est baigné dans un vaste océan fantomatique où les spectres électroniques fricotent avec les sonorités trafiquéées de cordes graves de piano. Cette réédition prend son souffle dans l’instant, on y adhère ou pas mais nul doute à avoir quant à la puissance physique développée par cette musique à la teneur si inquiétante (inutile de vous dire que ce disque s’écoute à un volume conséquent et si possible sur plusieurs enceintes).
Restons dans le cinéma pour l’oreille puisque l’actualité musicale que je vous ai apportée commence avec l’un des plus célèbre compositeur de musique acousmatique contemporain; il s’agit de Robert Normandeau dont cinq pièces composées entre 2005 et 2011 viennent d’être éditées sur un album intitulé Palimpsestes au catalogue du label Empreintes Digitales. Si un son acousmatique est un son que l’on entend sans en voir l’origine, ceux de Robert Normandeau sont très souvent identifiables. C’est une caractéristique que j’apprécie beaucoup chez ce musicien, ses œuvres restent très savantes dans leur conception et leur élaboration mais très accessibles au public, les oreilles peu accoutumées à ce genre souvent abscons ne s’y ennuient pas. C’est peu être l’une des raison de sa participation de plus en plus fréquente à la création de musiques pour le théâtre. Quand on lit la biographie de Normandeau, on a vraiment l’impression qu’il a tout remporté, tout gagné, c’est un peu le Michael Phelps des musiques contemporaines: deux prix Opus, compositeur de l’année et disque de l’année en 99, deux Masques, c’est a dire l’équivalent de deux Molières chez nous, «Meilleures musique de théâtre» en 2002 et 2005, deux fois lauréat du concours international Ars Electronica de Linz en Autriche, en 93 et en 96, année ou il remporte le Golden Nica, trois fois lauréat à Bourges, à Fribourg en Suisse, à Bruxelles, à Prague à Arras, à Arles, à Stockholm, à Karlsruhe, bref Robert Normandeau est un artiste incontournable. Je vous propose de découvrir une pièce intitulée Murmures, Normandeau y utilise des sons enregistrés place de Ransbeck à Ohain en Belgique ou est situé le Studio Métamorphoses d’Orphée ainsi que des sons créés par Marie-Jeanne Wickmans, une artiste bruiteuse. Vous allez l’entendre on est ici entre les sons que l’on identifie et le mystère des autres dans une ambiance de mouvements urbains qui défilent tout autour de nous.
By now I was looking for that first Normandeau CD on Empreintes Digitales, because I remembered it had some great acousmatic piece on it. And I can’t find it — another reason to work on a more serious attempt of putting my CDs in alphabetic order. Over the years Robert Normandeau (1955) has released some more releases, but I always seemed to like the first one best, but it made me also always curious about his new works, which I can’t say for all of the releases on this label. Maybe it’s because there is an element of anarchy in the music of Normandeau, which I like. It appears here in a piece like Jeu de langues, which uses breaths and whispers and sounds like a piece of erotic sound art — a genre that hardly exist (which Normandeau finds odd, since its regular to be found in literature, painting and cinema). It’s easily nicest piece on this CD. Some other pieces, like the title piece and Murmures seem to work within the very strict style of acousmatic music which the label is best known for, but really is not my cup of tea. Anadliad however is piece for two wind instruments and that works really. No rapid glissandi of computer processing but a thoughtful, almost drone like piece of music with some nice storm and thunder sounds. The CD closes with Palindrome which also has a more sustaining sound, almost orchestral in approach I’d say, but with various sound elements dropping in and out, in what seems irregular intervals. All of these pieces are quite long, between ten and fifteen minutes, but certainly the third, fourth and fifth pieces are excellent displays of electronic music, and don’t seem to be too ‘easy’. The other two however seem to do that, a bit too heavily as it is.
Hier hat sich das lange Warten doch gelohnt. Normandeau, einer der zentralen Proponenten und Pioniere der kanadischen Elektroakustik- und Akusmatikszene, wie auch deren Heimatlabel zuhause in Montreal, stellt nach sieben Jahren fünf neue Stücke vor, von denen jedes für sich zupackt und kalte Schauer über den Rücken jagt. Viermal klassisches Kino fürs Ohr: “Palimpseste” schließt den Onomatopoeias-Zirkel aus Sprachschnipseln ab, “Murmures” kehrt zurück zum Ort seines ersten Europa-Gastaufenthalts und dessen Klängen zurück (Ohain, Belgien), “Jeu de langues” versucht sich an einer erotisch gefärbten Komposition aus Nebenprodukten unterschiedlicher Sprach- und Blasinstrument-Artikulationen, “Anadliad” feiert mit Dudelsack, Hornpfeife und rauem Wetter keltischen Geist, “Palindrome” schließlich verabschiedet mit einem fesselnd dahinströmenden Deep-Listening-Werk. Jedesmal scheint man dabei in einem hyperrealen, zum Zerreißen gespannten Traumfluss zu stehen, dessen Bedeutung ungreifbar bleibt. Große Musik ist das.
Même si elle réclame du temps et de l’effort pour se voir appréciée à son juste mérite, la musique du Canadien Robert Normandeau vaut un sacré pesant d’équilibres électroacousiques. Compilation de cinq œuvres enregistrées entre 2005 et 2010, Palimpsestes (empreintes DIGITALes) décline en de nombreuses variations (internes ou externes à la composition) les virages que la musique électroacoustique contemporaine peut prendre, tel un fil reliant Luciano Berio à Xenakis, dans un monde où les voix et les bruits disposent d’une aura prépondérante. Affaire à suivre, indeed.
Von den vielen Klangkünstlern die ich zuletzt gehört habe ist der Kanadier Robert Normandeau einer derer, die es tatsächlich verstehen, aus den gesampelten Sounds und elektzronischen Geräuschen so etwas wie eine Atmosphäre, eine Dramaturgie aufzubauen und somit tatsächlich in das Feld Musik vorzustoßen. Auf dem eröffnenden Titelstück formt er aus Sounds un gesampelten stimmen und Gesängen eine bizarre Atmosphäre. Im zweiten Stück Murmures baut er knarzende Geräusche und tiefe, metallische Geräusche zu einer dunklen, unheimlichen aber irgendwie auch sanften Szenerie zusammen. Über die eingespielten Regen und Gewittersounds wird echtes Soundtrackfeeling erzeugt.
Diese Elemente setzt er auch in den folgenden 3 Tracks bravurös und eindrucksstark ein. Eine weinende Frau, hallende Elektronik, zerfaserte Geräusche, Sounds, die undefinierbar sind, und doch ergibt alles einen interessanten, unheimlichen und auch spannenden Soundtrack.
Optimal zum Lauschen über Kopfhörer auf der Couch — doch für eventuelle Alpträume wird keine Verantwortung übernommen.
Im wahrsten Sinne des Wortes großes Kopfkino.
Many followers of electroacoustic music and fans of one of the most renowned imprint, the Canadian label empreintes DIGITALes, were asking themselves about this skilled performer Robert Normandeau, who already signed a plenty of “movies” for the ears according to the way many reviewers described his art, but after listening to his long-awaited album — his last release on the label was Puzzles, which came on the unlucky DVD-Audio format —, I could say it’s worth the wait. The initial title-track Palimpseste is an amazing collage of hubbubs, gargles, sniggers, grumbles, soughs, wheezes, snorts, pants and other bizarre expression of human voice, whose opening “disorganization” seems to get gradually organized so that they looks like staging a sort of gargantuan machine in the second part of the track, while the following Murmures is an interesting acousmatic sample, where Robert seems to amplify metallic, plastic and gummy noises in order to render a certain sense of perceived mechanical degradation, whose incessant sinister swarming sounds constantly transposed from urban to natural settings. On Jeu de langues, he manages to render flushed and flustered sides of the nocturnal hot dreams he grabs and the subtle flutes he added vividly depict the worming of wantonness and tempting reveries which silently sneak into a bed. The following track Anadliad — the one I like most — has been named after a Gaelic word, which means breath and inspiration, and the great work he made by combining the sound of a bagpipe and a pigborn, a Welsh wind instrument, and the strong winds and intense storms of that lovely place of the planet could let you feel like a particle, which get pushed out of the drones to meet the violent electric energy of thunders outside before getting inhaled again into bagpipe’s bag, a listening experience which anticipates the final Palindrome, a mesmerizing track, where various sonic elements seems to overwhelm listeners after wrapping them up by a series of eruptions which feed a persisting mental strain.
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